
Bonjour à toutes et à tous,
J’espérais sincèrement que cette année serait un peu plus simple que les deux précédentes pour Lamine. Malheureusement, la préfecture du Nord en a décidé autrement. C’est pourquoi je me vois, une fois encore, contraint de faire appel à votre aide.
Pour celles et ceux qui ne connaissent pas l’histoire de Lamine, ou qui ne s’en souviennent plus, je vous invite à lire le petit texte plus bas avant de revenir à cette partie, qui sera plutôt une mise à jour de sa situation.
Avant toute chose, Lamine et moi souhaitons remercier chaleureusement toutes les personnes qui ont contribué à aider quelqu’un que certain·es d’entre vous ne connaissaient même pas. Grâce à votre soutien, lorsqu’il a pu reprendre le travail, il n’a pas eu à commencer l’année avec des dettes à rembourser, contrairement à l’année précédente.
Où en sommes-nous aujourd’hui ?
Tout commence avec un titre de séjour (celui de 2024 arrivé en 2025) délivré avec un tel retard qu’il n’a été valable que six mois au lieu d’un an (le retard dû à l’incompétence de la préfecture n’étant évidemment pas pris en compte). Par ailleurs, Lamine n’a pas pu faire valoir ses droits auprès de la CAF, qui théoriquement lui devait pourtant six mois d’APL.
Comme l’an dernier, il a déposé son dossier dans les délais, avec l’ensemble des pièces justificatives requises. De son côté, la préfecture semble avoir préféré jouer à un jeu bien connu qui s'appelle
: « Renvoyez-nous des documents déjà fournis ». Un jeu coûteux, puisqu’il faut systématiquement renvoyer les documents en recommandé avec accusé de réception. Puis, plus rien. Le silence.
Aucune réponse jusqu’au jour où son titre de séjour a fini par expirer.
Après les deux mois légaux d'attente, le Défenseur des droits a enfin pu légalement engager un recours contre la préfecture. Celle-ci restera muette pendant un long moment avant de déclarer le dossier clos, prétextant que Lamine n’aurait pas répondu à une demande de documents — ce qui est faux, preuves à l’appui avec les accusés de réception. Malgré cela, la préfecture refuse d’en tenir compte et exige le dépôt d’un nouveau dossier.
À ce moment-là, Lamine est déjà sans ressources depuis près de trois mois. La situation se complique.
Nous faisons alors appel à une avocate pour défendre son dossier, le Défenseur des droits s’étant retiré de la procédure. Honoraires : 900 €, avec une aide juridictionnelle ne couvrant que 60 % de cette somme.
Puis ce qui devait arriver arriva : Lamine est contrôlé par la police alors qu’il va pour poster son nouveau dossier. Il n’est plus en règle. Pourtant, l’agente me précise au téléphone que cela pourrait finalement aider son dossier, puisqu’à présent c'est le ministère de l'Intérieur qui demande à la préfecture de traiter son dossier. Une lueur d’espoir.
La semaine suivante, Lamine reçoit un courrier du ministère de l’Intérieur le convoquant à la préfecture, lui précisant de se munir d’un timbre fiscal de 225 €. Nous pensons alors que son titre est enfin prêt.
Mais sur place, aucun rendez-vous n’est enregistré. Personne ne l’attend. Après plus d’une heure d’attente, l’agente d’accueil nous explique qu’il n’y a ni titre ni récépissé pour Lamine. Selon elle, ce genre de situation est fréquent : les convocations seraient générées automatiquement, avec parfois des « bugs »… Nous sommes dépités.
L’avocate a repris le dossier et le Défenseur des droits est finalement revenu dans la procédure. Mais c’est toujours la préfecture qui impose son rythme.
Cela fait désormais six mois que Lamine est sans ressources. Avec l’aide d’ami.e.s, j’essaie de faire en sorte que son loyer soit réglé. Il faut également qu’il puisse se nourrir, se déplacer… et tout cela représente un coût de plus en plus lourd.
Pourtant, il y a peu, le bailleur détenant le logement dans lequel vit Lamine vient d'engager une procédure d'expulsion auprès de la préfecture. Si les loyers sont réglés, nous avons mis de côté les factures d'énergie par manque de moyens, mais aussi parce que nous ne pensions pas qu'elles puissent être un motif d'expulsion, or ce n'est pas le cas et la note s'élève maintenant à un peu plus de 600 €.
C’est pourquoi je fais de nouveau appel à votre solidarité à travers cette cagnotte, pour permettre à Lamine de vivre dignement durant cette période d’attente, et peut-être me permettre, au minimum, de couvrir un loyer afin de ne pas me retrouver moi-même «
dans le rouge
».
À l’heure actuelle, nous ignorons combien de temps cette situation va encore durer. Le dépôt d’un nouveau dossier nous a fait perdre un temps considérable, d’autant plus que la préfecture ne respecte toujours pas les délais légaux de traitement. Il y a quelques jours, elle a répondu par un récépissé de 3 mois, mais refuse de lui fournir un titre de séjour, prétextant qu'il lui faut pour cela avoir un contrat de travail supérieur à 3 mois. Je vous laisse imaginer le casse-tête pour l'obtenir avec un récépissé de 3 mois, lui aussi.
Merci à toutes et à tous pour votre soutien, quel qu’il soit. Il nous a été crucial l'année précédente, et le sera d'autant plus cette année.
C'est qui Lamine
?
Lamine est arrivé à Lille en 2016 à l'âge de 16 ans après un long périple depuis la Guinée. À la rue à son début, nous l'avons à l'époque accueilli chez nous pour lui offrir la possibilité de se reposer, de se remettre des traumas du parcours, et de pouvoir se construire un avenir.
Lamine est un sacré battant et fait tout ce qu'il peut pour avancer. Une fois l'école trouvée, il passera un CAP, puis BEP d'électricien. Alors qu'il tentera de passer un bac pro en alternance, il rencontrera ses premiers déboires avec le système français.
Lamine ne se démonte pas, il cherche à travailler partout où il le peut avec des boîtes d'intérim, même lorsque c'est pour nettoyer les sols des grandes entreprises. Il vit alors en foyer pour jeunes travailleurs.
En 2020, les choses se compliquent, alors que nous sommes toutes et tous en confinement, pour lui, les aides s'arrêtent du jour au lendemain, nous devons l'aider à payer son loyer, subvenir à ses besoins. Puis, comme le reste de la population, il finit par retrouver le chemin du travail et reprendre le cours de sa vie.
Seulement, depuis 2023, la préfecture du Nord a considérablement ralenti dans son travail de traitement des dossiers de demande de renouvellement de titre de séjour, ce qui plonge les exilé.e.s dans des situations de précarité particulièrement intense. Et c'est comme ça que chaque année, Lamine, comme beaucoup d'autres dans le Nord, se retrouve sans titre de séjour valide, qu'il perd son travail et doit trouver comment survivre pendant parfois six mois sans avoir le droit de travailler, de demander le chômage ou quelque aide que ce soit. Pour certains de ses camarades, on a vu des dossiers prendre plus de dix mois de retard. Cette situation est inadmissible mais nous devons faire avec.