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ne pas perdre mon pays trouvé

Organised for: Jeunghae Yim

Le 20 février 2020 je reçois une lettre.

Cette lettre m’annonce le refus de séjour en France.

Cela me fait d’une personne ‘sans papier’ du jour au lendemain.

Alors que qui je suis et ce que je suis n’a pas changé. Je suis toujours quelqu’un qui fait des blagues obscènes, qui boit beaucoup, qui aime créer, qui aime la vie, ma vie ici. 

 

Je suis arrivée en France en 2013, admise cette même année à l’École Nationale Supérieure d'Arts à la Villa Arson où j’obtiens les diplômes de licence et master en art. 

Étant donné que ma pratique artistique a pris un virage pour se loger principalement en vidéo / film, j’ai décidé d'ajouter des études en cinéma à celles que je faisais déjà.

Durant mes années de master à l’école d’art, j’entame un double cursus en Licence de cinéma à Paris 8.

 

J’en suis très heureuse et fière de ma décision de ce double cursus malgré ses obstacles et ses difficultés. 

C’était une décision ambitieuse, mais qui a vraiment porté ses fruits résulté dans ma création; qui s’inscrit quelque part entre l’art plastique et le cinéma.

J’ai obtenu mon master en art avec félicitations du jury en 2018.

Ma carrière d’artiste-réalisatrice a débuté dès les premiers jours de 2019 avant la fin de mes études en cinéma qui était prévue en juin 2019.

 

Cette année de 2019, mon dernier court-métrage a été programmé tant dans le circuit de l’art contemporain que dans celui du cinéma: au Théâtre des Variétés à Monaco sur invitation du Nouveau Musée National de Monaco et l’Institut National d’Audiovisuel de Monaco, à la Cinémathèque Française, à la Nuit Blanche Paris, à Résonance Biennale de Lyon, au Musée National d’Art Moderne et Contemporain de Séoul et ainsi qu’aux divers festivals de film de par le monde.

 

Avec toute cette chance qui m’a procuré enormément de joie mais qui m'a aussi pris beaucoup d’énergie et de temps, je n’ai pas réussi à obtenir mon diplôme en cinéma en 2019; je viens de le valider au premier semestre 2019/2020.

 

Cette fameuse lettre de refus de séjour concerne ma demande de renouvellement de carte de séjour ‘étudiant’, déposée en novembre 2018 pour l’année de 2018/2019. Alors que, à cette époque, je n’avais même pas eu de redoublement dans mes études à Paris 8.

Mais encore, valider un cursus de 3 ans sans redoublement peut même être difficile pour un.e français.e qui n’a pas une carrière et le travail à côté.

 

Depuis novembre 2018, depuis 1 an et 3 mois, j’ai vécu avec une succession de récépissés de 3 mois. Je devais tous les 3 mois aller attendre devant la préfecture avant même que le jour se lève, souvent sous la pluie, (on est à Paris), pour une attente en moyenne de 8 heures, avant d’être reçue comme une paria par un agent derrière un guichet, voilà.

 

Après 1 an et 3 mois de ce supplice angoissant, j’ai reçu cette lettre, remplie d'erreurs, qui me refuse la possibilité de séjourner en France en me suggérant gentiment de me ‘réinstaller durablement dans mon pays d’origine’. (D’ailleurs c’est une drôle d’idée de se dire que chacun doit se ranger dans sa case de départ.)

 

La notion de soi et l’autre définie par les frontières géographiques actuelles deviendra obsolète peut-être dans pas très longtemps.

Je sais qu’il vaut mieux ne pas commencer avec ce discours utopique devant le juge à l’audience, ni invoquer que je suis née le 14 juillet, et que c'est une des raisons pour lesquelles je pense personnellement que c’est le destin que m’a conduite à autant désirer vivre ici. Toute la France fête mon anniversaire avec d'extravagants feux d’artifice tous les ans, et celà sans même me facturer!)

 

Oui. Bien entendu,  j'y reviens; le juge et l’audience;

je commence les recours avec une avocate. Un recours pour excès de pouvoir afin que les 3 magistrats re-examinent mon dossier et un référé pour suspendre la décision, en demandant que le juge me délivre un titre provisoire pendant la procédure pour que je puisse continuer ma vie.

 

On me demande pourquoi je suis venue en France. Je réponds;  j’aime la dose intelligente de sarcasme dans les blagues ici, j’aime me taper des discussions avec n’importe qui sur n’importe quoi et n’importe où, j’aime que les femmes aient ‘des grandes gueules’ ici, je trouve drôle et mignon la façade froide des gens qui s’ouvrent si facilement au final, je me sens libre d’être libre ici, enfin je me sens bien ici, quoi.

 

La lettre de refus expose la deuxième raison de refus; je suis célibataire sans famille en France.

Mes familles adoptives en France; mes amis, vous, ces merveilleuses rencontres que cette vie m’a permis, ne seront pas du tout contentes de lire cette lettre. Je suis aujourd’hui enracinée ici, en France. Je suis trop attachée, il est trop tard d’essayer de m’enlever !

 

En plus, je suis en train de réaliser un long-métrage avec le soutien du Nouveau Musée National de Monaco, de la Fondation des Artistes et de la Villa Arson. Un blockbuster qui va forcément cartonner quoi ! Mes chers personnages et mes supporteurs seront vraiment trop pas contents si je dois m’en aller et abandonner la réalisation de cette grande chose ! 

 

Ce recours va être une bataille longue et coûteuse. Il va durer 10-12 mois avec la meilleur offre de la meilleure avocate qui s’élève à 1,680€. 

J’en étais assez fière de pouvoir payer le loyer à Paris chaque mois en exerçant mon métier d’artiste mais je ne sais vraiment point point point d’où je pourrais sortir cette somme d’argent aujourd’hui. 

C’est pour cela que je me permets aujourd’hui, avec l'humilité, d’ouvrir ce pot pour les honoraires d’avocate.

Un jour je pourrai claquer 1,680€ pour un ‘humble’ apéro avec vous comme si c’était seulement 16.80€ mais hélas, je n’ai pas encore gagné la Palme d’Or, ni l'Oscar comme mon compatriote. Si on m’enlève d’ici aujourd’hui, ce jour viendra encore plus tard; or on aimerait quand même faire ça avant le déambulateur avec les balles de tennis antidérapantes, non ?

 

En espérant que le recours débouche sur une décision positive, je prépare ma demande pour le passeport talent en tant qu’artiste. Je voudrais continuer à vivre et créer avec vous ici.

 

Je vous remercie infiniment de m’aimer et me supporter des fois. Si vous pouvez mettre ce que vous pouvez dans ce pot, ça m’aiderait beaucoup financièrement et psychologiquement pendant que je me bats pour ma vie ici.

Je serai gentille, et je serai une amie, une copine, une meuf comme ça, un mec (sait-on jamais aujourd’hui!) et une artiste dont vous pourrez s’enorgueillir !

 

Merci d’être là. Merci pour votre aide.

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Jeunghae Yim
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