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Frais d'avocat pour la famille de Mawda #JusticePourMawda

Organisé pour : #JusticePourMawda

Nous lançons avec le rappeur bruxellois Code Rouge, le comité justice et vérité pour Mawda et la Nouvelle Voie Anticoloniale un appel aux dons. Nous avons besoin de lever minimum 5.000 euros (idéalement 10 000 euros) pour permettre à la famille de rétribuer le travail des avocats. 

 

Lien clip de soutien  https://www.youtube.com/watch?v=oYWBDwv5KaM&feature=youtu.be

 

Mawda, une enfant de 2 ans, fut assassinée par la police dans la nuit du mercredi 16 au jeudi 17 mai 2018,sur l’E42 à la hauteur de Nimy-Maisière près de Mons. Lorsque nous avons appris sa mortdans les jours qui ont suivi et durant tout le week-end, nous sommes nombreux à avoir été atteints par l’effroi, à avoir été littéralement sidérés par l’événement. A la sortie du commissariat, le jeudi matin, le père, la mère et le frère de Mawda reçoivent un ordre de quitter le territoire. On apprend alors que le corps de la petite Mawda sera enterré au « carré des indigents » du cimetière de Jolimont, c’est-à-dire dans la fosse commune où les corps sont enterrés sans noms, prénoms ni dates de naissance. Les parents de Mawda seront quant à eux expulsés d’abord vers l’Allemagne puis vers l’Irak. De son côté, Charles Michel tente de négocier directement l’exfiltration de la famille vers l’Angleterre. Il faut réagir rapidement et,dès la mardi 22 mai, nous faisons paraître une première carte blanche intitulée : « Il faut régulariser immédiatement la famille de la petite Mawda » (texte signé par de nombreuxuniversitaires, militants et citoyens). Les avocats de la famille, Selma Benkhelifa et OlivierStein, demandent que soit postposé l’enterrement et qu’une « enquête parlementaire indépendante » soit mise en place. Le vendredi soir, le MRAX organise un premier rassemblement à Bruxelles tandis que le comité Migrations Libres organise un rassemblement à Liège.

 

Le mercredi 23 mai, un nouveau rassemblement de protestation se tient devant lepalais de Justice de Bruxelles qui réunira 600 personnes de divers horizons, toutes profondément choquées par cet assassinat. Le soir même, une veillée rassemble de nouveau un grand nombre de personnes qui demandent une enquête sérieuse et indépendante. La forte émotion de colère et d’indignation se mue en marche à travers les rues des Marolles, du centre-ville et d’Anderlecht. Des rassemblements citoyens auront également lieux à Liège, àMons, à Gand et à Dunkerque. Il faudra le travail de solidarité de la communauté kurde et musulmane de Belgique ainsi que de l’aide citoyenne pour que Mawda puisse être enterrée dignement, c’est-à-dire selon le rite islamique dans le carré musulman du cimetière d’Evere. Nous étions près de 2000 personnes à accompagner Mawda pour son dernier voyage.

Dans la foulée se seront l’ensemble des recteurs des différentes universités du pays qui demanderont la régularisation immédiate de la famille en des termes forts : « devant le climat actuel à l'égard des migrants qui conduit à une dégradation progressive du respect dû aux personnes et de la protection des plus vulnérables dans nos sociétés ». Le texte souligne également que «l'horrible destin de la petite Mawda apparaît à nos yeux plus comme un symptôme qu'unaccident ».

 

Bien que la régularisation du séjour de la famille soit dès l’enterrement garantie parune jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme liée à l’article 8 qui permetd’octroyer aux étrangers un droit de résider sur le territoire où est inhumé un membre de leur famille et que Charles Michel ait promis aux parents une régularisation, malgré la mobilisation citoyenne, les cartes blanches et la lettre des recteurs, la famille s’est retrouvée avec un ordre de quitter le territoire et dans un précarité financière importante sans droit de travailler. La sécurisation de leur séjour sera l’œuvre à la fois du travail d’aide citoyenne et de l’engagement pris par la commune où les parents de Mawda vont pouvoir résider de ne pas exécuter l’ordre de quitter le territoire. La famille de Mawda obtiendra, 9 mois plus tard, une régularisation d’un an renouvelable. Il s’agit d’une décision rendue par le tribunal francophone de Bruxelles qui a jugé que la famille se trouvait dans une « situation de force majeure qui rend impossible son retour dans son pays d’origine ou dans un autre pays ».Cette régularisation provisoire n’est ni la conséquence des promesses sans lendemain de Charles Michel, ni la conséquence des appels à la démission de Francken, mais du travail de l’ombre des avocats de la famille.

 

Le policier qui a tué Mawda n’est toujours pas inculpé, tandis que le chauffeur présumé, lui incarcéré, est considéré comme co-auteur bien que rien dans l’instruction ne permette de valider l’hypothèse selon laquelle ce serait le comportement de ce dernier qui aurait entraîné la mort de Mawda. Le co-équipier du policier a même profondément relativisé l’affirmation d’une « violente embardée » ayant entraîné la mort de Mawda. Alors que l’instruction a été jusqu’ici principalement menée à décharge du policier et qu’il devient de plus en plus difficile d’imaginer inculper le conducteur supposé (qui a toujours nié être leconducteur) comme seul auteur, on apprenait fin octobre qu’un « individu suspecté d’être un passeur dans l’affaire Mawda a été interpellé aux Pays-Bas ». A travers le saucissonnage entre le volet « trafic des êtres humains » (parquet fédéral) et l’« incident de tir » (parquet de Mons) et les différentes versions communiquées par le parquet de Mons, on constate comment les dispositifs d’enquêtes qualifient les faits en éliminant systématiquement le cadre des opérations de traque aux Migrants, c’est-à-dire les opérations Médusa mises en place par le gouvernement Michel ainsi que les événements ayant eu lieu juste après le meurtre. Nul ne sait comment terminera l’instruction mais ce que nous a appris l’affaire Mawda c’est que la justice n’est pas une « boîte noire » dont il s’agirait d’attendre sagement les jugements. Au contraire, la justice s’instaure par la force politique que nous sommes capables d’exercer sur l’instruction en cours afin de faire importer les éléments qui insistent pourtant. Il s’agit d’un travail politique de positionnement et d’interventions mais aussi d’un travail juridique. Dans une époque marquée par la désespérance et les crises d’espoir chimériques, nous avons besoin d’activer politiquement ce travail juridique de l’ombre qui, à coup de devoirs d’enquêtes complémentaires, de requêtes au tribunal du travail, etc. permet malgré tout de commencer à répondre à l’indigne des politiques de traque aux migrants et de gagner du temps sur la machine nécropolitique.

 

Il s’agit d’un travail et d’un travail essentiel dont dépendent à la fois nos engagements et nos analyses. C’est pourquoi nous ne pouvons accepter que ce travail soit non ou mal rémunéré sous le faux prétexte de l’engagement bénévole. Nous avons besoin de le rétribuer justement du point de vue de sa valeur politique, pour que les avocats tiennent le coup et puissent continuer le travail jusqu’au bout. Car c’est eux qui continuent à travailler entre les moments de mobilisation et d’indignation. Nous savons que l’affaire Mawda prendra du temps. Nous savons qu’il faudra aller jusqu’à la Cour européenne des droits de l’homme après avoir épuisé tous les recours possibles en Belgique. Et nous savons que cela prendra une dizaine d’année. Nous avons besoin collectivement de faire importer ce travail en le rétribuant du point de vue de sa valeur politique.

Organisé par

Najib Chairi