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Bourse de solidarité pour Condé

Organisé pour : Vaboi Condé

 

        

            Cette lettre est là pour lancer une bourse de solidarité afin de soutenir le projet de vie d’un jeune homme de 20 ans qui met toutes ses forces pour se donner un avenir ici et faire mentir la fatalité.

Non, dans une vie, rien n’est joué d’avance !

Un jour, alors que je lui demandais quelle serait la première phrase de son livre s’il en écrivait un plus tard. Il m’a répondu sans hésiter dans sa langue, le malinke, puis, il m’a traduit : « Mon rêve est venu, c’est arrivé ».

 

            Il y a trois ans et demi, j’ai rencontré Condé Vaboi dans un atelier de théâtre. Chaque participant devait écrire un texte. J’ai vu que le passage à l’écriture l’intimidait. Je me suis proposé d’être son scribe. Il m’a dicté son texte. Au moment de la restitution d’atelier, lorsqu’il s’est levé et qu’il a commencé à parler dans une urgence et une sincérité bouleversante, tout le monde a été ébranlé par la force de son témoignage.

Depuis, j’ai continué à le soutenir et à l’accompagner dans ses démarches. Grâce à l’association Parcours d’exil qui le suit depuis le début, il a pu réaliser son rêve d’aller à l’école. Pendant un an, il a été merveilleusement accueilli dans une classe de primo-arrivants au Lycée Aristide Briand du Blanc-Mesnil. Il garde en particulier le vif souvenir d’un voyage de classe sur les traces du débarquement en Normandie et d’un certain M. Gautier vétéran de la Seconde Guerre mondiale avec lequel il s’est entretenu. Un jour, il m’expliquait pourquoi l’école est pour lui si importante. « C’est un endroit où j’apprends à comprendre la vie, la société, l’échange avec les autres. C’est un endroit où j’apprends un métier et où je rencontre le monde. »

 

            Condé vient de Guinée-Conakry où il n’avait jamais été à l’école. À quinze ans il décide, avec son ami Moussa (mort pendant la traversée), de quitter son pays pour fuir la survie intenable, l’absence d’avenir, la misère. Il dit souvent : «  Je suis venu ici pour vivre ma vie propre. »

Il a appris à se débrouiller en français en 6 mois. Il continue à étudier la langue en prenant des cours du soir en plus de l’école. Il veut avancer. Il a passé cet été la première partie du BAFA. Il continué le théâtre en participant à un atelier avec l’association BAAM.  Là encore une représentation a eu lieu qui a ému tout le monde. Un grand silence régnait dans la salle de la bibliothèque Lévi-Strauss le 9 décembre dernier. Il nous a emmenés avec lui, nous faisant partager l’humain qui vit en lui. La vidéo de la captation du spectacle est visible ici : https://youtu.be/Kq9HkBQnOB8.

 

            Les obstacles et les épreuves administratives, Condé les a surmontées et il continue à le faire. Aujourd’hui, il a un titre de séjour et passe actuellement son CAP cuisinier à l’École des Métiers de la Table de Paris.

L’année prochaine, il veut s’engager pour deux années supplémentaires dans une formation en alternance pour décrocher un Bac Professionnel. Il souhaite se donner le temps d’améliorer encore son français et la connaissance de son métier avant d’entrer dans le monde du travail.

Il vit aujourd’hui dans un Foyer de jeunes travailleurs à Ménilmontant. Une chambre de 11m2 sans cuisine intégrée. Le problème est que le loyer s’élève à 579 euros (avec 10 repas compris par mois) et que Condé perçoit un salaire d’apprenti deuxième année (base 775 euros). La demande d’APL faite en octobre dernier vient d’aboutir à une aide de 47 euros par mois. Il se trouve que le statut d’apprenti est pour la CAF une zone floue. Si Condé était salarié, il pourrait percevoir 300 à 350 euros d’APL environ. En tant que jeune apprenti, la CAF suppose qu’une famille est là pour s’occuper de lui et l’aider. Même en se déplaçant pour expliquer la situation difficile dans laquelle il se trouve et en soulignant qu’il est sans famille, rien n’y fait. Il ne peut pas non plus bénéficier de la prime d’activité, car il faut résider en France depuis plus de 5 ans et percevoir un salaire d’au moins 920 euros.

J’ai accompagné Condé au CASVP du 20e où il vient de déposer une demande d’aide au logement. Si elle est acceptée, elle sera d’un montant de 89 euros. Cela le soulagerait un peu. Une personne de son foyer CLJT l’accompagne aussi pour faire une demande d’aide qui s’appelle « mobili-jeune » (cette aide s’adresse aux jeunes de moins de trente ans en formation d’alternance). Jusque-là, pas de réponse.

Je tiens à décrire la situation avec le plus de transparence possible afin que les personnes qui décideront de soutenir ce projet soient informées comme il se doit. C’est un projet où vivre est le projet !

 

            Condé sait qu’il a beaucoup de chance et que nombre de personnes l’épaulent humainement, mais les soucis financiers qu’il rencontre lui donnent du stress et l’empêchent de se donner à 100% dans ses études. Il voit passer les 3/4 de son salaire dans son loyer et ne peut pas se projeter davantage, la précarité étant trop importante. Après la dépense du loyer et les frais du mois (abonnement internet et téléphone, carte Imagine-R, etc.) il lui reste trop peu pour vivre –surtout dans une ville comme Paris.

Condé aura peut-être besoin de passer prochainement le permis de conduire, il a des frais pour sa santé. Il souhaite passer la dernière partie du BAFA.

C’est pour le soulager durant ses deux prochaines années d’études des tracas financiers trop accaparants et l’aider à prendre son élan dans la vie que cette bourse de solidarité est ouverte. Elle sera là comme une sécurité.

Plus tard, Condé souhaite s’investir pleinement dans la vie et la société ici et aussi dans son pays, en Guinée, où il a le souhait d’ouvrir un jour une école pour les enfants de son village. Cette école qui lui a tant manqué ! Mais on n’en est pas là et il doit d’abord se construire, lui, dans ses forces et ses connaissances. Il fait preuve d’un engagement, d’un courage et d’une énergie qui forcent le respect et qui donnent envie de le soutenir.

À lui les derniers mots. Ce sont ceux d’une partie du texte dit lors du stage de théâtre où je l’ai rencontré la première fois. En sachant que ce qui fut alors improvisé sur le vif du moment, l’écrit peine à le redonner :

Je dis NON

NON, je n’aime pas la séparation de ma mère et mon père quand j’étais enfant.

NON à la douleur de ne pouvoir faire ce que je veux à cause de la pauvreté.

Je dis NON au fait que ce jour-là, lorsque mon père est allé à l’hôpital pour se faire opérer du ventre, le médecin était absent.

NON à la nouvelle de la mort de mon père.

NON à la solitude dans laquelle je reste.

NON au travail exténuant aux champs

NON aux gens qui retirent la liberté

NON à la pauvreté parce qu’elle peut tuer – elle rend impossible une vie normale.

Je dis NON à la mort de mon ami Moussa !

NON au racisme

NON au terrorisme qui tire sur des innocents.

NON à l’injustice.

I said NO people who don’t talk true

Je dis NON aux personnes qui ne parlent pas vrai (qui ne disent pas la vérité)

Je dis NON aux gouvernements qui n’aident pas les civils.........

Organisé par

Natanaële Chatelain